Développer l’attention chez l’enfant : le jeu d’échecs, une solution miracle ?

Mon petit garçon a découvert les échecs il y a quelques mois. Passionné, il s’y adonne de façon intense et cela semble lui procurer beaucoup de joie. Au départ, étant un enfant agité avec des difficultés à maintenir son attention, sa participation lors des cours au sein du club était limitée. Il éprouvait beaucoup de difficultés à rester assis, sans bouger, et à rester suffisamment attentif pour ne pas perdre des pièces maîtresses à cause d’un coup malencontreux. Puis il a progressé peu à peu et a pris de plus en plus de plaisir à jouer. En discutant avec son professeur d’échecs, je fus surprise de l’entendre me dire qu’ils ont accueilli de nombreux enfants avec des troubles de l’attention, des troubles de l’agitation ou simplement des difficultés à se concentrer. Après deux ans d’échecs, ces enfants selon ses dires avaient radicalement changé et leur problème avait considérablement diminué, voire totalement disparu.

Je fus très étonnée mais je reconnaissais moi-même que Tristan avait beaucoup évolué et semaine après semaine sa concentration progressait de façon étonnante, mais aussi son comportement global, plus calme et plus posé.  J’ai donc eu envie d’effectuer quelques recherches pour creuser la question des bienfaits des échecs sur les enfants, notamment concernant leur capacité d’attention et de concentration.

J’ai réalisé avec stupéfaction à quel point le jeu d’échecs peut améliorer le cerveau des enfants mais aussi les aider à mieux vivre en contribuant à leur transformation intérieure.

Dans cet article, je partage avec vous mes découvertes concernant les bienfaits des jeux d’échecs. Je vous raconte pourquoi les échecs peuvent aider votre enfant à diminuer rapidement ses problèmes d’attention. Je vous livre enfin des conseils pour leur permettre de démarrer et de progresser dans de bonnes conditions.

Pourquoi jouer aux échecs améliore le cerveau des enfants

Le jeu d’échecs est considéré comme un sport cérébral. Cette discipline consiste à entraîner son cerveau pour devenir de plus en plus compétitif et être capable de gagner par sa stratégie. En effet, la pratique des échecs agit à différents niveau dans le sens d’une amélioration des facultés mentales de l’enfant :

Un jeu qui agit directement sur le cerveau

Jouer aux échecs active le cerveau à plusieurs niveaux. Tout d’abord, il sollicite l’utilisation des deux hémisphères du cerveau et permet de stimuler la communication neuronale dans le cerveau en développant les denditres. Mais les échecs ont aussi un effet considérable sur nos capacités de raisonnement et de logique. Les enfants qui suivent une instruction aux échecs deviennent plus performants en termes de planification et d’anticipation.

Enfin, les échecs favorisent les apprentissages : les élèves qui jouent aux échecs apprennent plus facilement la lecture car ces activités nécessitent le recours à une même zone dans le cerveau. Mais les échecs améliorent aussi les compétences en mathématiques. Les possibilités de réaliser des parties différentes sont d’un nombre incalculable et il existe pour chaque coup lors d’une partie des millions de choix tactiques à disposition du joueur. les échecs consistent donc à résoudre des problèmes pour établir un plan d’attaque et de défense pour aller à la victoire. Le processus d’une partie d’échecs est donc similaire à la réalisation d’une résolution de problèmes en mathématiques  : observation du terrain, analyse des coups, structuration des idées et hypothèses, élaboration d’un plan stratégique, réalisation du plan, évaluation des probabilités de dénouement du plan…

Cette gymnastique cérébrale permet à l’enfant non seulement d’entraîner son esprit mais aussi de mieux connaître et comprendre son cerveau.

Un exercice de mémoire et de concentration

Un enfant qui a suivi des cours d’échecs pendant 2 ans voit sa capacité de concentration améliorée de 50%. La mémoire et l’attention sont sans cesse sollicitées lorsqu’on joue aux échecs. Les règles à retenir sont nombreuses et paraissent complexes au début. Chaque joueur va devoir composer avec 16 pièces et pions dont il dispose en début de partie. Les pièces ont chacune des mouvements différents : la tour se déplace en horizontal et en vertical, le fou se déplace en diagonal, le cavalier réalise un grand L sur l’échiquier…

il faut être capable de retenir des positions et des astuces de jeux. Il faut être en mesure de reproduire les coups appris lors des parties. L’apprentissage des échecs suppose de mémoriser des concepts qui sont autant de possibilités que les joueurs pourront utiliser pour établir leur propre stratégie aux échecs et leur style de jeu. Il existe tout un univers lexical spécifique aux échecs qui permet de désigner ces concepts :  le baiser de la mort, l’échec à la découverte, le mat du couloir, l’ouverture à l’italienne…Les enfants apprennent aussi à écrire les parties, à lire des parties retranscrites, à lire des parties commentées… C’est toute un langage à apprendre ! Vous l’aurez compris, il faut retenir de nombreuses notions et bien se concentrer pour tout retenir !

Par ailleurs, le joueur va acquérir de l’expérience à mesure qu’il joue et va devoir donc mémoriser les enseignements qu’il retire de ses parties précédentes pour améliorer son jeu et ne pas refaire les mêmes erreurs tactiques.

Une amélioration de l’esprit et du comportement

Aux échecs, un enfant qui ne prend pas le temps de réfléchir avant de jouer en subira immédiatement les conséquences : un coup illégal est sanctionné par un carton lors d’un championnat, une pièce non protégée peut être attaquée par l’adversaire, un coup mal préparé peut engendrer une position perdante dont le joueur aura beaucoup de mal à sortir.

Jouer aux échecs, c’est d’abord et avant tout apprendre à réfléchir, prendre le temps d’évaluer ses possibilités d’action, calculer et choisir la meilleure option parmi des milliers de solutions envisageables. La patience est de mise car il faut prévoir chaque coup et ne rien laisser aux hasard. En progressant aux échecs, un enfant apprend à calmer son impulsivité, à se contrôler et à recourir à son esprit pour trouver la bonne façon d’agir.

Mais les échecs ont aussi de nombreux avantages en terme d’amélioration de la vie sociale. Les enfants jouent entre eux et apprennent à respecter les règles du jeu qui leur sont imposées. Surtout, tout en étant des adversaires, ils apprennent à se respecter entre eux. Ils se serrent la main avant et à la fin des parties, doivent accepter que des joueurs soient plus forts qu’eux. En championnat, le silence dans la salle est plutôt impressionnant. Plusieurs dizaines voire centaines de jeunes de 5 à 18 ans s’affrontent dans le calme. Se parler est interdit et de toute manière la concentration nécessaire est telle que les enfants ne peuvent pas se disperser en échangeant des mots avec les joueurs adverses. En cas de désaccord, pas d’insultes, pas de disputes : les enfants font appel à l’arbitre qui tranche la question.

Les enfants apprennent grâce aux échecs le respect d’autrui, quelque soit l’âge, la condition ou encore la personnalité du joueur qu’ils vont rencontrer. Chacun est considéré sur un plan d’égalité et rien ne permet de déterminer à l’avance quel sera le gagnant. Un enfant handicapé peut gagner un enfant qui ne l’est pas; un enfant de 7 ans peut gagner un adolescent de 13 ans et même un adulte; un jeune maigre et frêle peut battre sans effort un grand costaud.

Le jeu d’échecs : un jeu thérapeutique ?

Jouer aux échecs : une sorte de méditation ?

A partir de ces constats, nous pouvons nous interroger sur l’utilisation qui pourrait être faite du jeu d’échecs pour accompagner les enfants qui ont des problèmes d’agitation ou de concentration. Plus encore, les enfants souffrant de déficit attentionnel ne pourraient-ils pas trouver en les échecs un véritable jeu thérapeutique ?

En interrogeant mon petit garçon pour savoir ce qu’il se passait lorsqu’il jouait, il m’a répondu la phrase suivante : “mon cerveau arrête de bouger de partout”.

Il a à peine 6 ans, mais il peut ressentir que les échecs, exigeant de lui une pleine concentration, lui permettent ainsi de calmer son esprit et de s’apaiser. Paradoxalement, l’activité cérébrale intense que procure le fait de jouer semble le mettre dans un état de sérénité alors que les périodes où son cerveau n’est pas sollicité seraient finalement vécues comme plus fatigantes pour lui.

Pratiquant la méditation depuis des années, je me suis alors demandé si jouer aux échecs ne pouvaient pas, dans une certaine mesure, être comparé à la méditation de pleine conscience. Lorsque nous méditons par exemple en pleine conscience sur notre respiration, nous focalisons notre esprit sur une seule et même chose, en laissant simplement les autres pensées se dissoudre pour ramener l’esprit dans l’ici et le maintenant.

Lorsque nous jouons aux échecs, il est impossible de penser à autre chose. Notre esprit cesse de s’éparpiller et se rassemble pour ne penser qu’à une seule et même chose. A chaque coup une nouvelle analyse est nécessaire pour jauger quelle attaque l’adversaire est en train de préparer et évaluer si la tactique que nous avions prévu est toujours de mise. C’est comme un entraînement qui viserait à “muscler sa concentration“. La méditation de pleine conscience, en renforçant notre capacité d’attention au moment présent, nous permet de se sentir plus serein et finalement plus heureux.

Reste une différence importante entre la méditation et les échecs. Dans le second cas, le joueur n’a pas conscience d’entraîner son esprit à demeurer dans le présent. Mais cela en diminuerait-il l’effet, sur les enfants notamment ? L’enfant a le sentiment de simplement s’amuser et c’est peut-être une des forces de cette pratique.

Les échecs améliorent la mémoire de travail

En observant Tristan au fil de ces derniers mois, j’avais constaté que lorsque Tristan était “sous-occupé”, il se mettait à s’agiter dans tous les sens, adoptait des comportements un peu irrationnels, et semblait chercher à “occuper” l’espace autrement, c’est à dire en bougeant, en faisant du bruit, en s’agitant et en remuant.

Lorsqu’il a commencé les cours d’échecs, ses professeurs peinaient beaucoup à le maintenir assis. Tristan se levait, changeait de place pendant le cours pour une raison ou pour une autre, se déconcentrait et répondait généralement à côté. Mais peu à peu, son comportement a changé. Il se levait moins et semblait plus attentif. Il progressait et parvenait à reproduire dans les parties les concepts appris dans ses cours.

Pour comprendre ces résultats, il m’a fallut reprendre les analyses de tests de QI que Tristan avait passé l’année dernière. Il a révélé être un enfant surdoué mais une défaillance a été également repérée concernant sa mémoire de travail. En effet, Tristan a obtenu des résultats très en dessous de la moyenne sur les épreuves qui exigeaient l’utilisation de celle-ci. Celle-ci est responsable de la mémorisation temporaire de données, en les stockant et en permettant leur utilisation immédiate, pour effectuer un raisonnement, suivre une conversation, retenir les consignes d’un exercice ou même lire un texte par exemple. Cette mémoire à court terme est essentielle dans le cadre des apprentissages.

Or les échecs agissent directement sur la mémoire de travail. Une thèse a révélé que des enfants qui avaient suivi des cours d’échecs pendant deux ans augmentaient leur capacité de mémorisation de 22%.

Le rôle de la mémoire à court terme dans les troubles d’attention

Les enfants qui souffrent de TDAH souffrent de troubles de la mémoire de travail. Il s’agit d’un trouble neurologique situé au niveau du lobe frontal. Une étude récente a révélé que la mémoire à court terme était évolutive et qu’il était possible d’entraîner cette mémoire. Nous savons grâce aux recherches qui ont été menées que les enfants atteints de troubles TDAH qui exercent leur mémoire à court terme pouvaient réellement l’améliorer. Et en augmentant leurs capacités de mémorisation à court terme, ces mêmes enfants voyaient leurs troubles TDAH diminuer. Enfin, cet entraînement avait pour effet collatéral de réduire l’inhibition comportementale de ces enfants et leur permettait d’accéder à une autre niveau de raisonnement.

Tristan n’est pas hyperactif. Cependant son diagnostic fait état de signes d’hyperactivité. Il se pourrait alors que sa pratique des échecs, devenue soutenue en raison de son intérêt pour ce jeu, lui ait permis d’agir dans le sens d’une amélioration de sa mémoire de travail. En diminuant cet handicap, Tristan a pu commencer à exprimer son HPI (Haut Potentiel Intellectuel).

Il participe désormais activement aux cours et son potentiel aux échecs intéresse son club au point qu’ils viennent de nous proposer d’entraîner individuellement Tristan pour lui permettre de se préparer de façon optimale aux championnats de sa catégorie.

Du coup, lorsque je constate l’engouement de Tristan pour les échecs, je me demande dans quelle mesure il ne ressent pas en lui-même que ce jeu l’amuse mais surtout l’aide à calmer son esprit et donc à trouver une relative paix intérieure. S’il persiste dans cet apprentissage, les échecs pourraient bien être une solution de résilience à moyen terme pour lui. Son papa et moi avons donc décidé de le soutenir et de lui permettre de vivre pleinement cette passion du moment.

Je serais très attentive à l’effet que cette pratique aura sur l’évolution de Tristan dans les prochains mois. J’envisage aussi de faire à nouveau passer un test de QI à Tristan pour voir si les échecs ont permis de diminuer réellement, et de façon objectivée, la défaillance de sa mémoire à court terme. Bien entendu, je reviendrai sur le blog pour en faire un retour et partager ainsi notre expérience.

Comment retirer tous les bénéfices des échecs sur le comportement, l’attention et la mémoire

S’inscrire à un club d’échecs

Ces éléments vous donneront peut-être envie de faire découvrir les échecs à votre enfant. Néanmoins, il faut savoir que s’il apprend simplement les règles et qu’il se met à jouer régulièrement avec d’autres débutants qui connaissent seulement les règles, les bienfaits sur le cerveau resteront très modestes. Le développement de la mémoire de travail s’obtient par un entraînement complet. Ce dernier comprend l’enseignement des concepts, la mémorisation des différentes positions et de leurs conséquences, et surtout en apprenant à construire une stratégie (un plan global d’attaque du Roi adverse) et une tactique (un plan détaillé des différents coups qui se succéderont avant l’échec et mat).

Il est donc essentiel d’inscrire l’enfant dès le début dans un club d’échec. Outre la participation au cours de débutant, les clubs proposent toujours des rencontres de jeu libre pour s’entraîner. Cela permet de ne pas se contenter de mémoriser des notions mais amène le joueur à manipuler les notions mémorisées pour développer sa propre tactique en adaptant l’utilisation des notions au jeu qui se produit.

S’entraîner aux échecs

La résolution de problèmes est un exercice ludique primordial pour travailler la concentration et la mémoire. Il s’agit de petites énigmes qu’il faudra résoudre comme par exemple faire un échec et mat en 3 coups, trouver la meilleure réponse à une attaque ou encore protéger son cavalier tout en attaquant un fou. Cette gymnastique cérébrale permet alors de stimuler au maximum le cerveau et de retirer tous les avantages de ce sport unique en son genre. Les enfants, même très jeunes, adorent résoudre ces petites énigmes et se prêtent facilement à cet exercice. Je suis toujours amusée lors des cours de voir tous les enfants se tordre dans tous les sens pour lever les bras, impatients de faire leurs propositions de résolution d’énigme.

Il existe des tas de livres d’échecs pour enfants qui proposent des énigmes de ce genre et permettront à l’enfant de pouvoir s’entraîner à son rythme à la maison.

“La tactique des échecs pour les enfants” est un livre non seulement agréable à feuilleter mais également très complet et recommandé par la Fédération Française des Echecs.

Il existe aussi de nombreuses vidéos très bien faites sur le net pour réviser les concepts ou profiter de parties commentées par de très bons joueurs.

Participer aux tournois

La participation aux tournois apportent beaucoup de riches enseignements : les enfants apprennent à :

  • calmer le stress et gérer les émotions, 
  • gérer la frustration en acceptant que des parts soient perdues (mais d’autres sont gagnées !)
  • développer la sociabilité auprès d’enfants d’âges mélangés
  • renforcer son goût de l’effort (s’entraîner permet de remporter des victoires)
  • cultiver le désir d’être meilleur et de s’améliorer (l’enfant prend conscience qu’il peut développer son potentiel et devenir plus performant).
  • renforcer sa confiance en soi grâce à de petites victoires et de grandes émotions lors des récompenses !

Aller plus loin pour développer l’attention des enfants

Pour améliorer les capacités d’attention et de concentration chez les enfants, la méditation est une pratique qui donnent des résultats également étonnants. C’est pourquoi j’ai créé un Coffret de Découverte de la Méditation avec des vidéos de séances guidées pour les enfants que je vous offre gratuitement. En indiquant votre adresse électronique, vous recevez dans quelques instants ce coffret dans votre boîte de messagerie, ainsi que mon cahier de jeux pour développer la concentration des enfants et d’autres surprises du blog pour des enfants zen et épanouis !

Et voila pour ce petit retour de notre début d’expérience sur le jeux d’échecs et sur ses effets d’amélioration sur l’attention, la concentration et la mémoire. Votre enfant joue-t-il aux échecs ? Avez-vous constaté d’autres bienfaits que le simple plaisir de jouer (qui est déjà formidable !) ? Partagez votre expérience dans les commentaires !

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