Enfants avec TDAH : mieux les comprendre, mieux les aider

Une blogueuse avec TDAH témoigne de son parcours et livre ses conseils pour accompagner les enfants avec TDAH.

Les enfants qui parviennent très difficilement à se concentrer et/ou manifestent des signes d’hyperactivité sont de plus en plus nombreux. Parents et enseignants sont parfois démunis face à leurs comportements et ne savent pas comment réagir. C’est pourquoi j’ai précédemment rédigé un article détaillé avec mes conseils pour aider les enfants agités à se calmer, à rassembler leur esprit et à trouver davantage de sérénité.

J’ai aussi élaboré un cahier de jeux et d’activités pour améliorer l’attention et la concentration des enfants que vous pouvez obtenir gratuitement par mail, avec mes autres créations du blog !

Télécharger le cahier d’activités et les autres bonus offerts

Mais pour aborder la question très particulière du trouble TDAH, je voulais recourir à un avis d’expert.  Pour aborder en profondeur le trouble TDAH, trop souvent utilisé à l’emporte pièce, parfois stéréotypé voire stigmatisé, j’ai demandé à Anne du blog Le TDAH au quotidien de me prêter sa plume. A trente ans, elle a appris à vivre avec son TDAH, à transcender les souffrances et les difficultés qu’elle a endurées pour faire de sa différence une force. Dans son blog plein d’humour et de finesse, elle offre une vision positive du TDAH et explique comment développer des stratégies efficaces pour transformer ses troubles en véritables atouts.

Elle a donc généreusement accepté de nous livrer ici un article consacré aux enfants avec TDAH, en nous livrant de précieux conseils pour mieux les comprendre et surtout mieux les aider au quotidien.

N’oubliez pas aussi de télécharger son ebook offert à la fin de cet article pour mieux vivre avec un TDAH ! :

Bonjour cher adulte terrien,

J’ai trente ans et je suis une enfant extraterrestre venue de la planète TDAH !

Mon appartenance à la planète TDAH n’a été découverte qu’assez récemment, mais mon parcours, lui, est plein d’anecdotes qui j’espère, pourront vous éclairer un peu sur ce qu’est le TDAH chez l’enfant, les difficultés et les solutions qui existent pour l’aider à grandir plus sereinement.

Vous avez peut-être déjà rencontré des enfants qu’on disait avoir un TDAH (si vos enfants ne sont pas eux-même des “hypers” comme je les appelle), et vous vous demandez sûrement :

“Mais pourquoi sont-ils différents, au juste ?

Comment reconnaître leurs difficultés et réagir face à elles ?

Et qu’est-ce que cela implique dans le quotidien ? ”

Je vais tenter de vous l’expliquer tout au long de cet article, au travers de quelques anecdotes. 🙂

Définition du TDAH : Un petit tour de notre planète

TDAH : un trouble neurobiologique aux nuances diverses et variées

Le TDA/H est un Trouble du Déficit d’Attention, avec ou sans Hyperactivité. C’est une différence neurobiologique (qu’on met dans la catégorie des troubles), dans laquelle certaines fonctions du cerveau ne fonctionnent pas comme chez une personne neurotypique, c’est à dire “dans les normes”.

Les différences/difficultés sont circonstancielles, c’est à dire qu’elles apparaissent en fonction des situations, de l’état physique ou mental (fatigue, tristesse, stress, …), ou de la motivation (nous verrons pourquoi un peu plus loin). Et cela crée souvent beaucoup de confusions et d’incompréhensions dans l’entourage.

Le TDA/H concerne les personnes hyperactives (ou hypoactives selon la situation), très inattentives (mais qui peuvent entrer en hyperfocalisation), hypersensibles (tellement qu’elles jouent parfois les insensibles) et souvent impulsives (bien qu’elles n’en aient pas toujours l’air)… Elles peuvent ne présenter que certains de ces symptômes ou bien tous, selon les heures, les jours ou les semaines, de manière plus ou moins intense (et souvent incompréhensible pour les autres) et cela depuis toujours.

Le déficit d’attention avec ou sans hyperactivité chez l’enfant est le même que chez l’adulte (eh oui ! Les enfants grandissent et quittent le nid !) mais sans la maturité et avec les années d’expériences et d’apprentissages en moins. En effet en grandissant, on arrive à mettre en place (souvent inconsciemment) des stratégies qui aident à pallier les difficultés (ce qui fait qu’on ne voit pas toujours le problème). Mais il est très important d’avoir de bonnes bases pour mieux comprendre et gérer son fonctionnement.

Un handicap qui nécessite des adaptations

“Ne nous jugez pas, comprenez et aidez-nous à nous adapter”

Attention, si tous ces traits de caractère cités précédemment existent chez tout le monde, ils sont extrêmes dans le cas d’un TDA/H, au point de devenir un véritable handicap et de poser de gros problèmes dans la vie (à commencer par l’école). Car non, le TDAH chez l’enfant n’est pas le résultat d’une mauvaise éducation, l’enfant ne peut pas faire plus d’efforts pour s’adapter, il en fait déjà beaucoup pour ne pas être rejeté par les autres, mais son cerveau est différent !

Pour donner un exemple, diriez-vous à un enfant qui a une vision de 5/10 de faire des efforts pour lire le tableau sans lunettes ? Non évidemment, il a droit à des outils et des stratégies pour s’adapter, et personne ne lui reproche rien. 😉

On voit aussi beaucoup d’adultes confondre le fait de ne pas réussir à faire comme les autres et le fait de ne pas être intelligent. C’est non seulement injuste mais dangereux, car un enfant qui entend qu’il est bête va finir par s’associer à ce qu’il entend, et par “faire le bête”. C’est ce qu’on appelle l’effet Pygmalion. Le TDAH chez l’enfant n’est pas un problème d’intelligence, mais une manière de fonctionner différente.

Etre parent d’un enfant avec TDAH

“J’ai eu de la chance, mais certaines choses m’ont profondément marquée”

J’ai eu la chance de naître dans une famille d’artistes. Mes parents ont toujours eu l’esprit très ouvert. Ils m’ont appris à toujours rester curieuse de tout, à toujours aller chercher plus loin que les apparences, à être critique face aux informations que je recevais comme envers mes propres réponses. Et surtout, j’ai toujours pu compter sur leur soutien quels que soient mes choix de vie.

Évidemment, la perfection n’existe pas. Si vous êtes parent, vous ferez des bourdes. Et miracle de la vie, tant que vous soutiendrez vos enfants, que vous leur ferez confiance et que vous les aiderez à passer leurs obstacles en leur montrant votre amour, mes copains enfants et moi sommes d’accord pour vous dire que vous serez pardonnés de tout ! Malgré les prises de bec ! 😉

Mais pour beaucoup d’adultes, il a été difficile de comprendre quelles étaient mes difficultés. Certaines anecdotes m’ont marquée, voire blessée parfois. D’autres m’ont aidée à faire de mes particularités une force dans ma vie future.

Que peut-il bien se passer dans la tête d’une jeune fille de 8 ans qui pique une crise parce qu’on lui reproche de ne pas venir à table après 20 rappels, ou qui passe la moitié de ses devoirs à regarder par la fenêtre ?!

Mon témoignage sur l’école et les apprentissages 

Des absences à répétition

Le réveil sonne. Quelques minutes plus tard, on vient me demander de me réveiller. Épuisée, je grogne et me retourne dans le lit en me demandant comment je vais encore supporter une journée de cours.

Ma solution : être malade. Je n’irai pas à l’école aujourd’hui. Et je suis tellement fatiguée que les symptômes ne sont pas très durs à simuler.

Cette stratégie bien connue de tous les enfants, je ne l’utilisais pas par manque de volonté d’apprendre, j’aimais apprendre. Mais mes journées étaient tellement longues et anxiogènes (j’étais très timide et l’école était un enfer sur terre pour moi) que je m’épuisais petit à petit.

L’hyperactivité et l’hypoactivité

On entend souvent parler des enfants hyperactifs, car c’est le symptôme le plus visible et le plus impressionnant. Mais l’hyperactivité peut en fait être soit physique, soit mentale.

Les enfants qui ont une hyperactivité mentale ne bougent pas autant que ceux qui ont une hyperactivité physique. Ce sont ceux qui sont très inattentifs, toujours dans la lune. Leur cerveau est constamment en ébullition. Un millier d’idées leur traverse l’esprit et tout ce qui les entoure peut être source de distraction. C’était mon cas.

Tout cela est épuisant, c’est comme avoir un moteur de Ferrari monté sur une deux-chevaux ! Quand le nombre des pensées ou la situation vécue font monter la fatigue ou l’anxiété, on ne peut plus suivre. C’est à ce moment-là que l’hypoactivité se manifeste. On a donc besoin de plus de pauses ou de temps de repos que les autres, pour que le moteur ne chauffe pas trop. 😉

L’école n’est malheureusement pas adaptée à ce type de fonctionnement. Les enfants aujourd’hui sont sur-stimulés par leur quotidien. Les temps de travail sont très longs et il n’y a aucun vrai temps de repos (à part une petite sieste à la mi-journée jusqu’en moyenne section). La fatigue et l’anxiété empirent les symptômes du TDAH chez l’enfant (hyperactivité, etc.).

Pourtant, aménager des temps de repos ou de relaxation à différents moments de la journée pourraient vraiment améliorer la qualité du travail le reste du temps.

Des consignes non entendues ou oubliées aussitôt

“Ça fait 20 fois que je te le dit ! Pourquoi tu n’écoutes pas ?!”

“- Anne ! Ça fait 20 fois que je te dis de venir à table ! Maintenant tu arrêtes de jouer et tu viens ou ça va mal se passer !”

– Mais pourquoi tu me cries dessus ! C’est même pas vrai en plus ! Tu m’a juste dit y a 5 minutes qu’on n’allait pas tarder à passer à table ! J’en ai marre de tout le temps me faire crier dessus !! Aaahhh !!!!”

Est-ce que ça vous rappelle quelque chose ? Contrairement à ce que la plupart des adultes pourraient croire, je ne faisais pas exprès de ne pas faire ce qu’on me demandait. J’étais vraiment sincère quand je disais que c’était la deuxième fois qu’on m’appelait, parce que je n’avais tout simplement pas entendu les autres rappels. Et même pire que ça, la fois où j’avais entendu, j’avais oublié l’information aussitôt que j’avais vu ou pensé à quelque chose qui avait détourné mon attention.

Et non, je ne pouvais pas faire plus attention. C’est justement ça le problème avec le cerveau TDAH, et plusieurs facteurs sont en cause dans cette histoire. Et on peut imaginer les conséquences de ce fonctionnement sur l’école où les consignes sont censées être appliquées immédiatement, sans qu’il ne soit besoin de répéter.

L’inattention et l’hyperfocalisation

Contrairement à un cerveau neuro-typique, le cerveau avec un TDAH a une attention qui ne sélectionne pas les stimulis internes (mes pensées) et externes (les éléments de mon jeu, la chaussette qui traîne, l’adulte qui appelle à table) selon leur importance. Il prend tout sans hiérarchiser ! La chaussette qui traîne devient donc pour mon cerveau aussi importante que l’adulte qui appelle… et oui… 😉

On est donc très facilement distrait par ses propres pensées et par tout ce qui nous entoure.

On a un temps de concentration maximal beaucoup plus court que la normale. Une fois que la limite est atteinte, il n’y a plus rien à faire à part faire une pause. C’est un très gros problème à l’école, surtout que quand on a besoin d’une pause l’hyperactivité prend très vite le dessus, avec un besoin irrépressible de bouger (ou de s’évader en pensées) ! Imaginez essayer de réfléchir alors que vous avez une très très grosse envie d’aller aux toilettes, ou des fourmis dans tout le corps… c’est un peu ça.

Dans l’acronyme TDA/H, on trouve les termes “Déficit d’Attention”. En réalité, l’attention peut aussi bien manquer qu’être en surplus. Dans mon anecdote, le jeu était très motivant pour moi. Il prenait toute mon attention. Mon hyperfocalisation sur mon jeu faisait que je n’entendais même pas mes parents m’appeler.

Troubles de la mémoire à court terme

Avec le TDAH, la mémoire immédiate est constamment encombrée par toutes les informations qui  parviennent au cerveau de l’enfant (vous vous souvenez que la capacité à sélectionner les informations selon leur importance est déficitaire dans le TDAH).

La mémoire à court terme n’arrive pas à trier correctement toutes ces informations. Cette mémoire a une capacité maximale, qui est assez faible avec le TDAH. Quand elle atteint sa limite, chaque nouvelle information qui rentre va automatiquement effacer une information qui s’y trouve déjà, et cela de manière complètement aléatoire, quelle que soit l’importance de l’information effacée.

Dans mon histoire, l’information d’aller à table était plus importante que la chaussette qui traîne. Mais si j’ai vu la chaussette après avoir entendu l’appel, et que la chaussette était rouge et jaune à petits pois comme dans la chanson de Dorothée, l’envie irrésistible de chanter la chanson m’a fait oublier tout le reste ! L’idée de recréer une magnifique scène pour mon “show de la chaussette” est donc devenue la seule existante, et donc la plus importante.

Or, il se trouve que la mémoire à court terme est aussi appelée “mémoire de travail” car elle est celle prioritairement utilisée dans le cadre des apprentissages à l’école. Le jeu d’échecs par exemple favorise le développement de la mémoire à court terme chez les enfants !

Impulsivité et sans filtre

“Hé ho ! Je suis pas tes patates !”

Assise à la table du salon de ma nounou, j’apprends avec entrain ma conjugaison ! Au programme aujourd’hui, le passé simple. Verbe à conjuguer, m’épater. C’est dur, mais je tiens bon !

Je m’épatai

Tu m’épatas

Il m’épata

Nous nous épatâmes…

À ce moment là, le mari de ma nounou rentre dans le salon. La professeur nous avait fait apprendre ce verbe exprès pour qu’on le retienne bien, car la suite est très drôle… Fière de moi, le prochain sort comme une balle :

“VOUS M’ÉPATÂTES !!!”

Réaction du mari : “Eh alors ! Je suis pas tes patates !! Non mais dis donc !”

Et voilà… encore une fois, mon enthousiasme non contrôlé m’a valut une réprimande…

Particularités de l’enfant avec TDAH dans les travaux multi-tâches et la politesse

Avec notre cerveau toujours en ébullition, il devient très difficile de faire plusieurs choses à la fois en y allouant la même intensité d’attention (c’est très “énergivore”).

À l’école par exemple, on nous demande souvent de recopier un texte, tout en écoutant le professeur. Le TDAH chez l’enfant rend ces deux choses déjà très difficiles à faire en même temps.

Si en plus on est hyperactif, il faut aussi penser à ne pas trop bouger pour ne pas déranger les camarades, et à ne pas se mettre à raconter ce qui nous passe par la tête.

Avec le TDAH il n’y a pas de filtre, aussitôt que l’on pense à quelque chose, les mots peuvent sortir tout seuls, donc avant qu’on n’ait pu se demander si c’était le bon moment, ou la bonne façon de le dire (sans rentrer dans les détails, c’est à cause d’un déficit des fonctions exécutives du cerveau). On passe donc souvent pour des malpolis ou des irrespectueux.

Bref, tout faire correctement est presque mission impossible.

La motivation, les émotions

L’attention du cerveau d’un enfant avec un TDAH dépend du niveau d’anxiété et de motivation ressentis.

Le problème, c’est qu’on contrôle mal nos émotions et que celles-ci peuvent être très extrêmes. La colère ou la joie seront ressentis de manière beaucoup plus forte. Si on est fatigué, déprimé ou anxieux, il nous est très difficile d’être motivé (beaucoup plus qu’une personne normale, vous l’avez compris). Cette particularité nous rend aussi peu enclins à accepter la contrainte, l’ennui ou l’injustice par exemple.

La sophrologie par exemple, peut permettre à l’enfant de mieux gérer ses états émotionnels.

Il est aussi très difficile de passer d’une tâche à une autre. Soit nous avons des difficultés à nous concentrer, soit nous nous focalisons sur la tâche en cours. Passer d’une tâche à l’autre est très anxiogène parce que cela nous donne l’impression qu’on ne pourra pas finir la tâche facilement, ou bien parce que la tâche provoque une forte motivation.

Les solutions pour pallier le TDAH chez l’enfant

Discussion, compréhension et patience

La première aide que l’on peut apporter à un enfant sur tous ces points est la compréhension et la patience. Parler de ses difficultés avec lui, avec les adultes et enfants de son entourage, en expliquant quelles sont les raisons scientifiques de son comportement, peut désamorcer certaines situations.

Exercices pour développer l’attention

L’attention est un point central de ces difficultés. Le fait de ne pas prendre conscience de soi et de ce qui nous entoure dans le présent, et des conséquences de ce qu’on va dire ou faire avant que ça n’arrive, provoque des situations difficiles.

Pour aider, on peut apprendre à l’enfant à faire des exercices de pleine conscience, dans lesquelles il va reprendre contact avec son corps, ses pensées et ce qui l’entoure, dans l’instant présent. Il est possible d’aider les enfants à développer leur attention en partageant des pratiques de pleine conscience à l’école. Enfin, accompagner l’enfant à prendre conscience de son cerveau en ébullition et méditer pour réduire le flux de ses pensées peut lui permettre de mieux accepter son trouble mais aussi de mieux le combattre.

Jeux d’auto-contrôle

Vous connaissez aussi sûrement l’expression “tourner 7 fois sa langue dans sa bouche avant de parler”. En faire un jeu, avec récompense ou gage sympa à la clé, peut l’aider à apprendre l’auto-contrôle sans abîmer sa confiance en soi (le gage doit être gentil !).

Pendant qu’il tourne (physiquement) sa langue, il doit se demander :

– Est-ce que ce que je veux dire/faire est pertinent ?

– Est-ce que c’est le bon moment pour le dire/faire ?

– Est-ce que c’est la bonne manière de dire/faire ?

Contact visuel et physique

Lorsque vous parlez à un enfant qui a un TDAH, assurez vous qu’il est bien en train de vous écouter et qu’il a pris conscience de ce que vous lui dites. Posez votre main sur son épaule pour qu’il tourne son attention vers vous. Il faut qu’il vous regarde. Faites-lui répéter l’information.

Il existe aussi beaucoup d’autres stratégies pour aider l’enfant à mieux se concentrer sur son travail, ou à moins oublier. Ce serait beaucoup trop long d’en parler dans cet article, mais vous pouvez en trouver quelques unes dans cet article sur la concentration à l’école et à la maison.

Le TDAH chez l’enfant : un combat contre le temps

Une incapacité à s’inscrire dans le temps

Devoir fait à moitié”, “lenteur extrême”, “pourrait réussir si elle se dépêchait à faire les choses”, “toujours en retard”, etc.

Ces petits mots ont pavé toute mon enfance et mon adolescence. L’école était pour moi une perpétuelle course contre la montre. D’échecs en retards, ma confiance en moi s’est doucement effritée, durant de longues années. Jusqu’à ce que je refuse d’aller à l’école, ou bien plus tard, que je sèche carrément les cours dès que j’avais un peu trop de retard (et ça arrivait très souvent).

Combien de fois j’ai dû frapper à la porte de ma classe, car tout le monde était déjà rentré ! Combien de fois j’ai ressenti cette boule au ventre, eu envie de me cacher dans un trou face aux regards accusateurs des adultes et aux moqueries des camarades !

Tiens, elle est encore en retard ?!”

À la maison, le temps de préparation était lui aussi très anxiogène. Je me dispersais, je n’arrivais pas à me préparer dans les temps, et finissais bien souvent de m’habiller dans la voiture en route pour l’école.

Les personnes nées avec un TDAH partent avec un très gros handicap, car elles n’apprennent pas à ressentir le temps, contrairement aux autres. Selon de récentes études, le cervelet contient des cellules qui sont comme des horloges biologiques. Ces cellules se calibrent dans la petite enfance.

Le temps chez un enfant neuro-typique (dans les normes)

Lorsque mes camarades mettaient leurs chaussettes (non non, je ne fais pas de fixette sur les chaussettes, je ne vois pas du tout ce que vous voulez dire… 😉 ), ils se concentraient sur cette action. Ils mettaient donc toujours le même temps. Grâce à cela, les cellules-horloges “apprenaient et enregistraient”, en quelque sorte, le temps qu’il leur fallait pour mettre des chaussettes.

En grandissant, mes camarades ont donc été naturellement capables de ressentir “le temps pour mettre ses chaussettes” (car ils le savaient de manière inconsciente).

Le temps chez un enfant avec un TDAH

Mais moi, avec mon TDAH, lorsque je mettais mes chaussettes, si le moindre stimuli déviait mon attention (quelqu’un qui parle, ou un jouet qui me rappelait le super film que j’avais vu), j’arrêtais de mettre mes chaussettes (j’avais même complètement oublié l’existence des chaussettes !). Mes cellules/horloges ne pouvaient donc pas apprendre et se calibrer correctement.

En grandissant, je n’ai donc pas appris à ressentir “le temps qu’on met pour mettre ses chaussettes”.

Aider l’enfant avec TDAH à gérer son temps

Comment aurait-on pu m’aider à mieux gérer le temps ?

Encore une fois, il est important de connaître et d’expliquer les difficultés de l’enfant pour que les enseignants mettent moins de pression sur lui, et pour qu’ils puissent mettre en place et expliquer à leur tour aux autres élèves et parents pourquoi il bénéficie de certaines aides, certaines adaptations, sans le stigmatiser.

Il existe différentes stratégies à mettre en place à l’école et à la maison pour mieux gérer le temps :

Le temps doit être toujours visible

Dès que l’enfant sait lire l’heure, il doit toujours avoir une montre à son poignet. Vous pouvez aussi utiliser un Time Timer pour les temps de travail. C’est une sorte de minuteur sur lequel l’écoulement du temps est visible, l’enfant saura donc plus facilement combien de temps il lui reste.

Rappels et alarmes

Rappeler oralement et régulièrement le temps qu’il reste (pour une action, avant le départ, etc.) est aussi une bonne stratégie pour être sûr que l’inattention n’a pas pris le dessus et que l’enfant n’est pas en train de refaire toutes les scènes de Star Wars dans sa tête ! Vous pouvez aussi mettre en place un système de sonneries, mais pendant un devoir il vaut mieux s’assurer que ces dernières ne deviennent pas elles-mêmes des distracteurs.

À la maison, il peut aussi être bon de faire avec l’enfant des rappels visuels pour le temps que doit prendre chaque tâche, en décomptant en sous-tâches, et en les plaçant à des endroits stratégiques de la maison. (Par exemple dans la salle de bain : une affiche avec le temps pour se préparer, en décomposant toutes les actions. Et un Time Timer ou autre minuteur devant l’évier.).

Pour conclure, il y a une dernière petite chose que j’aimerais partager dans cet article… Les personnes qui ont un enfant qui a un TDAH, lorsqu’elles se parlent entre elles, disent souvent “Mon TDAH” au lieu de mon enfant. Ou bien “un enfant TDAH”, comme on dirait “un enfant martien”, comme s’il s’agissait d’une espèce animale différente. C’est vrai que ça peut faire sourire, mais je trouve quand-même cela un peu dommage et réducteur. (Je ne suis pourtant pas la dernière à utiliser ces termes, par facilité ou par jeu ! 🙂 )

En disant cela on associe son enfant à un trouble, on lui enlève sa qualité d’humain avec un caractère, une histoire et une perception uniques. L’enfant qui entend ça finit par l’intégrer durablement en lui, et je ne pense pas que ce soit bénéfique, car il aura des difficultés par la suite à sortir de ce schéma. C’est vrai que c’est long de dire “mon enfant qui a un TDAH” ! Et je comprends que ce soit compliqué de l’appeler par son prénom sur les groupes de discussion. Mais on peut aussi dire mon fils, ma fille, ou qualifier son enfant avec un mot encourageant, quelque chose qui lui montre ses qualités (“Mon hyper” ou même “Mon super Schtroumpf” par exemple) ! 😉

Je vous remercie d’avoir lu cet article jusqu’au bout ! J’espère qu’il vous a été utile ! Pour aller plus loin, vous êtes libre de recevoir gratuitement un ebook qui vous aidera à mieux gérer votre TDAH ou celui de vos enfants dans le quotidien !
Dans cet ebook « Améliorer sa concentration et mieux gérer son temps avec un TDAH », vous découvrirez entre autres comment devenir plus concentré et mieux gérer son temps, comment mieux vivre ses fluctuations d’énergie, grâce à des astuces et exercices concrets que vous pourrez faire avec vos enfants :

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Prenez soin de vous, et à très bientôt. 🙂

Anne Juguet, Le TDAH au quotidien

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