Un jeu de théâtre pour développer l’empathie et la compassion

Découvrez le Jeu des 3 figures imaginé par le psychiatre S.Tisseron pour des enfants de maternelle au collège !

L’empathie est une faculté complexe qui se construit par paliers. L’enfant traverse plusieurs étapes de développement qui lui permettront entre 8 et 12 ans d’être capable de ressentir de la compassion, c’est à dire de réellement être en mesure de se mettre émotionnellement à la place de l’autre.

Serge Tisseron, Docteur en psychologie, explique que nous pouvons faciliter le développement du sens empathique, en proposant aux enfants un jeu de théâtre pour s’entraîner à “se mettre à la place de l’autre”. pour cela, il a imaginé une activité pour les enfants de tous âges (3 à 14 ans) en 2007, destinée à aider les enfants des écoles de maternelle, primaire et collège à développer leur faculté d’empathie.

En jouant des rôles, les enfants expérimentent différentes postures et développent ainsi une forme de flexibilité qui permet d’entretenir des relations apaisées avec les autres. Accompagner l’enfant à apprendre à “bien vivre ensemble“, c’est lui permettre d’évoluer en harmonie avec les autres. Mais c’est aussi un geste pour réduire la violence sociale et montrer aux enfants le chemin qui conduit à la paix et au respect de l’autre.

Nous explorerons dans cet article comment se développe la faculté d’empathie chez l’enfant puis nous découvrirons le jeu théâtral qui consiste à incarner à tour de rôle trois postures pour en expérimenter le vécu émotionnel et enfin nous détaillerons comment animer des séances de jeu dans les meilleures conditions.

Comment se développe l’empathie chez l’enfant

La compassion réunit plusieurs notions d’empathie qui chacune se développe à un âge différent.

  • l’empathie affective :

Vers l’âge de un an, l’enfant parvient à lire sur le visage de l’autre s’il est content, en colère, triste ou étonné. En revanche, n’étant pas encore en faculté de comprendre l’émotion des autres, le jeune enfant peut se trouver parfois envahi par les émotions d’autrui. Par ailleurs, dans le cas de troubles du spectre autistique, l’enfant ne sera pas en mesure de déchiffrer ces émotions sur le visage.

  • l’empathie cognitive :

Vers 4 ans et demi, l’enfant commence à comprendre l’émotion de l’autre et il est en mesure de l’expliquer. Mais il ne sait pas encore se mettre émotionnellement à la place de l’autre. Il peut donc être amené à être froid, un peu manipulateur ou avoir du mal à ressentir des émotions.

  • la compassion :

L’empathie mature ne se développe qu’aux environs de 9-10 ans. Cette faculté consiste à ressentir les émotions de l’autre, c’est à dire à se mettre émotionnellement à la place de l’autre. Mathieu Ricard la nomme la compassion.

Un jeu pour éveiller l’empathie des enfants

Incarner différentes postures

Le jeu des trois figures se présente comme une activité théâtrale. Les enfants vont devoir inventer des histoires, prévoir les situations et analyser les émotions des personnages, puis les jouer comme au théâtre.

Chacun va à tour de rôle interpréter l’un des personnages de la pièce. Ainsi, tous les enfants participants ont l’occasion de se mettre à la place des trois personnages et ainsi de ressentir ce que ces personnages vivent ou éprouvent et la place qu’ils occupent socialement. Comme vous l’avez compris, la petite scène devra donc être jouée plusieurs fois pour permettre à chacun de vivre toutes les situations et d’incarner toutes les postures.

Changer de point de vue émotionnel

Il ne s’agit pas d’un jeu d’improvisation. L’histoire doit d’abord être composée, son déroulement prévu, les émotions pensées à l’avance.

Pour aider les enfants à jouer les émotions des personnages, au moment où ils construisent l’histoire, il est possible de s’amuser ensemble à faire une mimique qui va permettre d’exprimer et imiter l’émotion du personnage. Cette imitation des émotions rejoint parfaitement l’idée du jeu sur les émotions que j’ai décrit dans mon article consacré a l’expression corporelle et théâtrale. C’est un Jeu des 3 Soleils revisité dans lequel les personnes doivent se figer dans une posture imitant une émotion.

Car l’objectif de ce jeu de rôle est bien d’accompagner l’enfant à vivre et d’expérimenter d’autres postures et d’autres points de vue émotionnels. Les enseignants qui ont animé des séances à l’école ont en effet constaté que les enfants souhaitaient la plupart du temps garder toujours la même figure. Ce jeu les amène donc progressivement à sortir de leurs postures habituelles pour faire évoluer leurs positions.

Ce jeu développe donc l’empathie mais offre aussi une variante ludique pour travailler sur les émotions. L’enfant apprend à identifier les émotions, mieux les comprendre et apprendre à agir elles comme sur les comportements qui en résultent.

Apprendre à se mettre à la place de l’autre

Le Jeu des 3 Figures consiste à inventer une pièce de théâtre qui doit faire intervenir trois types de personnages :

– L’agresseur

L’agresseur est celui qui vient agresser l’autre. C’est la figure même du Méchant qui s’oppose à l’image du Gentil.

– La victime

Il s’agit bien sûr du Gentil qui est victime de l’agression du Méchant.

Le Tiers

Dans le jeu intervient une tierce personne qui peut être un simple témoin, un redresseur de torts ou encore un sauveur. L’histoire inventée peut très bien faire évoluer le rôle du tiers qui peut par exemple être un témoin au début de l’histoire et devenir peu à peu le héros qui sauve le Gentil. Il peut aussi tenir les trois rôles à la fois : il est témoin d’une scène injuste, il va donc sauver la victime puis il intervient pour faire punir l’agresseur.

Comment apporter un cadre propice à l’émergence de sentiments d’empathie

L’enfant apprend par l’expérience

Ce jeu initiatique est une activité enrichissante pour favoriser l’imagination. Mais surtout, cette activité est une opportunité de transformation intérieure en faisant intégrer à l’enfant qu’il peut être ce qu’il veut et qu’il a donc en lui cette liberté d’être.

Les enfants comprennent qu’ils ont la capacité de tenir le rôle qu’ils souhaitent dans leur vie. Ils peuvent alors progresser en étant capable de ne pas se laisser “emprisonner” dans un rôle. Les enfants qui ont tendance à se rigidifier dans leurs postures vont pouvoir évoluer peu à peu.

Cette activité a été conçue pour mener un programme de prévention de la violence chez les enfants. En pratiquant régulièrement l’activité, l’enfant qui a tendance à être agressif, brutal voir violent, va peu à peu changer son comportement. La démarche permet de prévenir une éventuelle une radicalisation des comportements car l’enfant va expérimenter le plaisir que lui procure le rôle du sauveur et comprendre grâce à l’empathie que le comportement altruiste apporte un sentiment de fierté et de bien-être.

De la même façon, l’enfant qui manifeste une propension à se victimiser pourra prendre conscience de sa propre capacité à “changer de rôle”, pour se sortir d’une situation par exemple. Nous pouvons faire ici le parallèle avec les recherches d’Amy Cuddy sur la capacité des enfants à utiliser le langage corporel pour être plus confiant et plus positif.

Une activité à animer dans un cadre bienveillant

Il est essentiel de bien prendre soin d’aborder le sujet de l’empathie avec un esprit bienveillant. Cette activité perdrait tous ses bienfaits si elle était conduite dans une intention de stigmatiser un enfant. Il est donc important de ne pas faire de parallèle, de veiller à ce que chaque enfant puisse s’amuser à essayer les rôles sans avoir le sentiment d’être “visé” ou “culpabilisé”.

De la même façon, il est essentiel de ne pas porter de jugement ni sur les histoires inventées, ni sur la façon de les jouer, que ce jugement soit bon ou mauvais.

Au contraire, cette activité doit inviter les acteurs à échanger librement sur leurs ressentis, à partager les émotions qu’ils ont pu ressentir, et à verbaliser ce que le jeu leur a permis de comprendre et d’expérimenter.

Ainsi, grâce à ce jeu, le jeune Olivier de 8 ans par exemple a compris que “quand on nous fait du mal, il faut le dire à la maîtresse.” Jade, 8 ans, a quant à elle adorer que les autres aient à deviner les émotions qu’elles essayaient d’exprimer par ses mimiques.

Des professionnels formés pour développer l’empathie

Ce Jeu inventé par Serge Tisseron a donné lieu à la création d’une Association “Développer l’empathie par le Jeu des 3 Figures” (DEPJ3F) qui diffuse et enseigne cette activité dans le but de promouvoir un cadre éducatif bienveillant et encourageant l’esprit empathique de l’enfant.

Ces séances se déroulent en milieu scolaire ou dans les hôpitaux de jour. L’association dispense aux professionnels de l’enfance une formation spécifique, certifiée par un diplôme, pour être habilité à encadrer et animer les séances auprès des enfants. Ainsi, plusieurs centaines de psychologues et d’enseignants ont déjà été formés. Il est à noter que le Fédération Nationale des Ecoles des Parents et des Educateurs soutiennent le travail de cette association.

Si vous souhaitez en savoir plus sur cette démarche et éventuellement suivre cette formation sur quatre jours pour organiser des séances de Jeu de 3 Figures, vous pouvez aller consulter le site de l’Association DEPJ3F.

Voici une courte vidéo de présentation de la mise en place par S Tisseron de ce programme éducatif consacré à l’empathie :

Vous pouvez également lire l’ouvrage de Serge Tisseron dans lequel il relate le résultats de ses recherches sur “l’empathie, au coeur du jeu social”.

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