Nous nous accordons tous sur l’idée que nous souhaitons bien éduquer nos enfants. Mais lorsqu’il s’agit de choisir quelle méthode appliquer, les choses se compliquent, ne serait-ce qu’au sein même du couple parental. L’éducation est souvent le fruit d’un savant mélange de culture et d’histoire personnelle. S’affranchir des méthodes éducatives, c’est avoir le courage de considérer l’enfant d’abord et avant tout…

Rien de plus difficile que d’élever et d’éduquer un enfant. Notre égo s’en trouve souvent bien éprouvé car nous nous sentons démunis devant l’enfant qui ne nous renvoie pas toujours l’image idéalisée que nous avions construite mentalement. Etre parent revient à faire le deuil de l’enfant parfait tout autant que de faire le deuil de l’éducateur parfait.

Les remises en causes sont nombreuses et parfois douloureuses. Nous avons tous ressentis ce sentiment d’être un mauvais éducateur. Les doutes nous assaillent et malgré nos efforts pour se conformer aux méthodes éducatives qui nous ont convaincues, les résultats ne sont jamais ceux que nous avions espérés…

Les livres et les formations sur comment éduquer notre enfant n’ont jamais été si florissantes. Et pourtant, force est de constater que les solutions miracles n’existent pas. Par ailleurs, ces méthodes changent et évoluent. Celles prônées un jour comme étant les seules valables sont balayées plus tard comme étant finalement désastreuses. Il n’est pas évident de se construire des certitudes qui nous aideraient bien à se sentir sûr de soi en tant qu’éducateur.

En réalité, bien éduquer son enfant nécessite un cheminement global, bien au-delà des principes et des méthodes. Dans cet article, je vous proposer de tenter de comprendre ensemble pourquoi ces méthodes n’ont qu’une efficacité relative et de trouver comment en sortir.

1/ En m’efforçant d’appliquer des règles pour bien éduquer mon enfant, j’oublie que l’enfant est plus important que la méthode.

La mission d’éduquer son enfant est une des missions les plus complexes auxquelles nous sommes confrontés dans nos vies. Et parce que nos échecs déroutent et amènent parfois à se haïr soi-même, nous nous précipitons sur des méthodes et des principes qui promettent de faire de la parentalité un long fleuve tranquille.

Si certaines méthodes sont inspirantes et méritent bien sûr de s’y intéresser, celles notamment qui prônent une parentalité bienveillante et positive, le danger est inéluctable de se perdre dans la théorie et d’en oublier le véritable chemin que nous avons à parcourir.

Le fait d’être parent est en lui-même un enseignement et peut nous amener à nous élever. Pour cela, nous devons simplement nous laisser guider par l’expérience d’être parent, avec une approche d’observation de la relation, en recherchant une vue clairvoyante plus qu’une analyse critique.

Les méthodes doivent donc être approchées avec une certaine distance, en se gardant de se l’approprier définitivement, mais en ne cessant jamais d’expérimenter les concepts avec un regard neuf et ouvert.

En tout état de cause, nous devons toujours nous souvenir que l’enfant est plus important que la méthode. Le parent doit aller vers l’enfant pour l’observer en tant qu’individu à part entière, avec son caractère, ses particularités, mais aussi ses différences.

2/ Éduquer mon enfant en poursuivant un idéal me conditionne et m’emprisonne dans des objectifs illusoires

Lorsque nous sommes en relation avec notre enfant, nous plaçons entre nous des barrières que sont nos principes, nos idéaux et nos méthodes. Nous ne sommes jamais réellement dans un rapport direct mais dans un rapport déformé par les schémas qui nous habitent.

Nous leur transmettons notamment notre vision selon laquelle l’objectif premier de l’éducation est d’obtenir une position professionnelle, sociale, économique ou même intellectuelle. Nous sommes alors obsédés par l’idée que notre enfant doit apprendre à savoir et à faire des choses, et devenir un expert technique. D’ailleurs ne cherchons-nous pas en permanence des moyens d'”occuper nos enfants” ? de leur “apprendre à faire des choses” ? de choisissons-nous pas des moyens de les amuser “utilement” ?

Dans notre approche, nous ne sommes donc pas libres mais totalement conditionnés par les schémas que nous avons nous-même intégrés au fil de nos apprentissages lorsque nous étions nous-même enfants.

Ainsi, nous nous focalisons bien souvent sur ce que nous voudrions que notre enfant devienne. Même si l’idée est porteuse d’une bonne intention, à savoir « je souhaite que mon enfant soit heureux », nous nous faisons une idée très précise du but à atteindre, « je souhaite son bonheur tel que JE le conçois-ou plutôt tel qu’on m’a appris à le concevoir ». L’objectif est donc largement influencé par les schémas sociétaux au sein desquels nous évoluons. Éduquer revient donc à imposer notre vision du monde.

Il en ressort que nous nous préoccupons davantage de qui devrait être plutôt que de ce qui est. La discipline est donc simplement une façon d’imposer par la contrainte un système qui devient plus important que les êtres humains qui y sont enfermés. Qu’il s’agisse de récompenses ou de discipline, le parent contraint l’enfant, et donc son esprit, à entrer dans un système, jusqu’à ce qu’il soit conditionné et donc définitivement enfermé dans ce système.

Une approche réellement bienveillante impliquerait pourtant de cesser de s’efforcer d’atteindre quelque chose. Cela impliquerait d’éduquer en faisant preuve  de courage, c’est à dire en renonçant à tout objectif, y compris celui de rendre notre enfant heureux. Si nous parvenions à faire cet effort, nous pourrions réellement aider notre enfant à se comprendre plutôt que de chercher à le transformer.

Pour réellement accompagner l’enfant vers le chemin du bonheur, il est nécessaire de l’aider plutôt à développer une écoute de lui-même et de ses propres ressentis, l’encourager à s’imprégner des pensées positives qui vont l’éclairer, lui montrer l’exemple en poursuivant son propre accomplissement et en travaillant à notre propre bonheur… Pour approfondir cette question, j’ai rédigé un article qui devrait vous intéresser et qui donne des pistes sur Comment apprendre le bonheur aux enfants.

3/ J’évince la véritable nécessité de m’observer en tant que parent pour accéder à une relation libérée de tout conditionnement.

Il ressort des deux premiers principes l’idée selon laquelle le parent soucieux de bien éduquer a un devoir envers son enfant : procéder à sa propre introspection afin de comprendre les schémas qui l’animent en tant que parent.

Il est illusoire de s’imaginer qu’en tant qu’éducateurs nous pouvons faire l’impasse d’une profonde remise en question afin de se libérer des conditionnements qui emprisonnent notre relation avec nos enfants. Et cette démarche devrait être un préalable à toute forme d’éducation.

Il faut apprendre à se regarder, sans jugement et dans une totale bienveillance, mais avec une mise à distance de sa façon d’éduquer pour identifier ce qui relève de notre aliénation mentale. La démarche vise à lever le voile sur les peurs qui nous animent, les conditionnements qui nous emprisonnent et les certitudes erronées qui nous influencent. Prenons un instant dans le silence, le plus souvent possible, pour y penser. Observons la façon dont les agissements de nos enfants éveillent nos craintes et nos souffrances profondes. Essayons de comprendre et d’entendre la petite voix qui hurle en nous lorsque notre enfant n’a pas le comportement que nous attendons. Faisons cet effort, chaque jour, un peu…

Cette expérience est incontournable, aussi désagréable qu’elle puisse être (même si évidemment libératrice en fin de compte). Pour évoluer vers une éducation meilleure, tournons notre regard vers l’intérieur pour observer notre propre reflet…

Nous devons identifier ce qui nous exhorte à faire entrer notre enfant dans la structure sociale à tout prix, et quelle forme de sécurité psychologique nous poursuivons en agissant de cette façon.

C’est la seule manière de se libérer de nos conditionnements et de pouvoir alors accompagner nos enfants dans la compréhension d’eux-mêmes et de leur rapport au monde.

4/ Je cherche à travers des méthodes éducatives à enseigner à mon enfant ce que j’ignore

Nous voulons tous que nos enfants soient heureux, en harmonie avec eux-mêmes et avec les autres, qu’ils trouvent leur propre équilibre et qu’ils soient libres. Aucun parent ne souhaite le malheur pour ses enfants.

Le problème est que pour atteindre le bonheur, l’enfant devra réaliser un accomplissement intérieur que nous n’avons souvent pas été capable de réaliser pour nous-même.

Totalement ignorant des moyens à mettre en œuvre pour s’accomplir  soi-même, comment puis-je espérer guider mon enfant ? Comment l’aider à s’observer, à comprendre ce qui l’anime, à comprendre en profondeur ses relations avec ses semblables, alors que j’ai appris depuis toujours à me fermer l’accès à cette expérience ?

Par conséquent, l’apprentissage des compétences d’un enfant s’avère illusoire. En effet, la maîtrise des savoirs et des savoirs faire ne s’acquière pas en cultivant un esprit de compétition et de quête obsessionnelle de succès. Car c’est le meilleur moyen d’éloigner l’enfant d’une approche apaisée, sans crainte de l’échec, et qui seule permet de déployer ses talents. Mais n’avons-nous pas été éduqués ainsi et sommes-nous capables de lui transmettre une autre façon d’apprendre, en puisant dans ses ressources intérieures pour révéler son potentiel ?

La technique est une sorte de prolongement de sa propre réalisation, c’est comme la partie visible d’un réel accomplissement intérieur. Ainsi la technique ne peut s’acquérir qu’au travers de l’expérience, dénuée des notions de réussites ou d’échecs, c’est-à-dire l’expérience pleine et entière, dans une compréhension globale de soi et du monde.

C’est justement l’impulsion créatrice, libre de tout conditionnement mental, qui élabore sa propre technique et permet d’atteindre une forme d’excellence qui n’est autre que l’expression de son soi véritable.

Les réflexions du philosophe Charles Pépin sur la confiance sont pleines d’enseignement et méritent lecture. Je vous invite à le découvrir dans l’article Donner confiance à l’enfant, vous y trouverez aussi une activité pour aider l’enfant à prendre confiance pour révéler son potentiel avec sérénité. A travers le livre de Charles Pépin, il devient clair qu’éduquer est d’abord une question de mise en confiance et de transmission d’un sentiment de sécurité et de sérénité.

5/ Je confonds éducation et participation à l’éveil

Si c’est par l’expérience que nous nous révélons à nous-même, alors l’enseignement est dans son fondement même une chimère. En effet, le bon éducateur devrait renoncer à enseigner quoi que ce soit à l’enfant, lutter par tous les moyens contre sa propension à dominer l’enfant, et abandonner tout désir d’adapter l’enfant.

L’enfant doit être son propre guide à travers l’expérience pour que ses apprentissages soient réellement intégrés et compris.

Notre rôle de parent est davantage de participer à son éveil, par une écoute attentive et par une observation bienveillante plutôt qu’une ingérence dans le cheminement intellectuel voire spirituel que l’enfant réalise pour trouver son être profond.

On ne peut réellement apprendre d’aucune technique, d’aucune méthode, ni d’aucune autorité. L’enseignement doit se faire en soi-même, en se regardant marcher, manger, parler, dormir, agir avec les autres, se connecter avec la nature, être finalement conscient de tout cela en soi-même.

Ainsi, mon rôle de parent n’est-il pas finalement de permettre à l’enfant de devenir son propre guide ?

La pleine conscience et la méditation sont des chemins qui peuvent être proposés aux enfants par exemple. La pratique les guidera vers une compréhension profonde de leur intériorité et leur permettra d’apprendre à se distancer de leur propre personne pour apprendre à connaître leur esprit et en devenir le maître. Pour les initier, j’ai créé une petite vidéo qui leur permettra d’expérimenter cette pratique. Elle est visible dans mon article La méditation pour les enfants : apprendre à cultiver le bonheur et à connaître son esprit.

En conclusion, les méthodes éducatives n’ont d’intérêt qu’en tant qu’élément d’observation et de réflexion mais ne doit en aucun cas devenir un principe rigide dans lequel nous enfermons l’individu. Selon Jiddu Krishnamurti, «Vous devez questionner tout ce que l’être humain a accepté comme valable, comme nécessaire».

Il est important de considérer d’abord le parent et l’enfant comme deux individus, c’est-à-dire deux personnes uniques. Ensuite, ces deux individus pourront être observés dans leur relation d’inter-dépendance, en établissant une vue distancée de ce rapport parent-enfant dont la complexité trop souvent nous échappe, ce que Jodd Krishnamurti résume de la façon suivante :

« La compréhension de soi survient seulement dans la relation, en s’observant dans le rapport avec les gens, les idées et les choses, avec les arbres, la terre, et le monde autour de vous et en vous. La relation est le miroir dans lequel le soi est révélé. Sans connaissance de soi, il n’y aucune base pour la pensée et l’action juste. »

Pour ceux qui souhaitent approfondir ces réflexions, je vous conseille vivement de lire le philosophe et très grand méditant Jiddu Krishnamurti, vous en ressortirez différents et imprégnés d’une nouvelle vision du rôle d’éducateur.

 

 

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4 commentaires

  1. Très bel article en effet qui nous fait réfléchir sur nos manières d éduquer notre enfant et de penser qu’on a le savoir sur eux

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