Qu’est-ce l’autisme ? Handicap invisible, aux images variées pas toujours conformes aux idées stéréotypées, il regroupe presqu’autant de formes que d’individus concernés. Comment aider un enfant autiste alors qu’il est si difficile de le définir et donc d’approcher son univers ?

Lorsqu’on parle d’autisme, le terme de “troubles du spectre autistique” est de plus en plus utilisé. En effet, les formes d’autismes sont très diversifiées et un enfant autiste ne ressemble pas toujours à l’image que la plupart peuvent s’en faire. Les expressions de ce handicap et les différences de gravité expliquent cet hétérogénéité. D’ailleurs, il est de plus en plus courant que des adultes entreprennent une démarche visant à diagnostiquer leur autisme auprès des centres spécialisés.

Malgré les différences qui les séparent, les enfants atteints de ces troubles partagent tous des difficultés communes. Elles se regroupent en deux types de symptômes : la communication sociale et les comportements, auxquelles peuvent s’ajouter d’autres particularités.

La communication sociale et les interactions sociales compliquées

Pour un enfant autiste, les interactions sociales peuvent sembler très compliquées. C’est comme s’il n’avait pas le mode d’emploi pour “être” et communiquer avec les autres : Comment dire bonjour ou au revoir, comment se comporter dans un groupe, comment engager une discussion, comment entretenir une conversation ? Ce sont des automatismes de la vie en société que nous avons intégrés au fil des années. Pour un enfant autiste c’est différent, il n’acquière pas ces automatismes spontanément et n’intègre pas les codes sociaux de façon autonome.

Les comportements de ces enfants apparaissent comme inadaptés ou maladroits. Ils peuvent parfois se réfugier dans l’écholalie, répétant alors une phrase ou un mot sans arrêt.

Ces enfants sont souvent très solitaires, ils vont avoir tendance à fuir la relation sociale, trop complexe pour eux. Ils ont du mal à se faire des amis ou bien ils ont l’impression d’en avoir alors que le sentiment d’amitié n’est pas réciproque. Les enfants autistes ne regardent souvent pas dans les yeux, ont des expressions faciales limitées; leur voix également est souvent monotone et comporte peu de reliefs d’intonation.

Comportements et activités répétitifs ou restreints

Les personnes autistes peuvent avoir des gestes ou des activités répétés : aligner des objets, regarder toujours le même dessin animé ou la même publicité, besoin extrême de routine pour les repas, les trajets, les horaires, tourner en rond, répéter continuellement des gestes dits stéréotypés…Cela leur permet entre autres de se rassurer. Le moindre changement dans leurs habitudes peut générer une crise d’angoisse.

Les enfants atteints du syndrome d’Asperger (dit Aspi) se concentrent souvent sur des intérêts limités qui captent toute leur attention. Ils obtiennent ainsi des connaissances parfois expertes sur des sujets aussi étonnants que les machines à laver, les dinosaures ou encore la pêche. Leur passion prend toute la place dans leur vie. Ils n’échangent généralement avec d’autres que sur le domaine très précis qui les intéresse, sans forcément se rendre compte que les autres ne partagent pas toujours cette passion. Ces enfants peuvent aussi développer des dons particuliers. Leur cerveau par exemple peut être une sorte d’appareil photo qui photographie tout ce qu’ils voient. Ces enfants sont alors capables de reproduire en dessin des environnements complexes qu’ils ont enregistré de mémoire.

A la différence des enfants asperger, les autistes dits “de haut niveau” ont un cerveau qui fonctionne très bien mais n’ont pas d’intérêt spécifique.

Certains autistes sont considérés comme des génies : ils peuvent calculer de tête des opérations très difficiles, savent quel jour de la semaine tombera le 8 avril 2030, ont une mémoire exceptionnelle…

Un monde sensoriel différent

Les enfants atteints de troubles autistiques perçoivent les sens de façon différente. Certains stimulis sensoriels peuvent leur paraître très désagréables voire insupportables. Ils peuvent manifester une hypersensibilité sensorielle. Certains par exemple vont avoir du mal à supporter les bruits et ont besoin de recourir à un casque de protection sur les oreilles. Les sons leur apparaissent comme amplifiés et arrivant tous en vrac, avec la même intensité. Ces bruits les agressent au quotidien : sirènes, bruits de moteur, conversations, rire, cris d’enfant… Comme ils entendent tous ces sons très fort et en même temps (sans faire de tri), ils vont se sentir débordés et stressés. D’autres supportent mal la lumière et peuvent porter des lunettes teintées. L’hypersensibilité peut aussi concerner le toucher. Le contact tactile avec d’autres peut être insurmontable; parfois ce sont des matières qui créent de vives réactions de rejet. Ces enfants peuvent à l’inverse souffrir d’hyposensibilité, à la douleur par exemple.

Des difficultés sur certaines compétences

Les enfants autistes peuvent avoir du mal à acquérir certaines compétences spécifiques. L’écriture par exemple peut s’avérer complexe. Des troubles associés comme par exemple de type “dys” peuvent parfois rendre les apprentissages difficiles : dyslexie, dyspraxie, dyscalculie, dysphasie… L’épilepsie est un autre trouble associé qu’on retrouve parfois. La difficulté à se concentrer peut aussi être rencontrée. Certains enfants autistes n’ont pas accès au langage et s’expriment en utilisant un ordinateur, des pictogrammes, des gestes. Essayer d’exprimer un besoin peut alors s’avérer épuisant. D’autres souffrent d’un simple retard de langage. Ils peuvent aussi employer rapidement des mots compliqués mais en se trompant sur leur sens.

Un comportement très anxieux

Ces enfants vivent dans un monde différent du leur. Devoir en permanence s’adapter à un monde qui ne correspond pas à nos schémas mentaux est exténuant, déstabilisant et anxiogène. Ainsi, les enfants autistes peuvent avoir des réactions brutales; ils peuvent être violents avec les autres en les tapant ou en les griffant. Ils peuvent aussi tourner cette agressivité vers eux-mêmes, en se mordant ou en se cognant la tête contre les murs par exemple. Ces réactions peuvent être suscitées par la génération d’une frustration, par un changement d’habitude ou encore une stimulation trop forte que l’enfant ne parvient pas à gérer. Les lieux où il y a beaucoup de monde et où les bruits résonnent peuvent générer de la panique et l’enfant peut se boucher les oreilles et se mettre à hurler.

Accompagner un enfant autiste

Le comportement d’un enfant autiste peut sembler une véritable énigme. Néanmoins, en étant à l’écoute de l’enfant, avec un esprit ouvert et réceptif, il est parfaitement possible d’apprendre à comprendre et décoder l’enfant, son propre langage et sa propre logique.

Le diagnostic le plus précoce possible est important car il permet aux accompagnants d’avoir des attitudes soutenantes et ainsi aider l’enfant à limiter les crises d’angoisse. Un parent va par exemple se rendre compte que lorsque son enfant se met à tourner en rond et à se frapper, il faut baisser la lumière, limiter le bruit ou lui donner un objet réconfortant pour lui.

Les enfants qui ont certains “troubles du spectre autistique” ou “troubles envahissant du développement” mais pas tous ne sont pas qualifiés d’autistes. Un enfant par exemple qui a du mal à entrer en relation avec les autres est souvent seul, mais la communication ne lui pose pas de difficulté et il n’a pas de comportement répétitif ou d’intérêt restreint n’est pas autiste, même si sa façon de se comporter y fait penser. Avec l’aide de son entourage et de professionnels, ils pourra apprendre à surmonter ses difficultés.

Un bilan auprès d’un CRA (Centre de Ressources Autistiques) permet de déterminer si l’enfant est autiste ou non. Des pédopsychiatres libéraux spécialisés dans l’autisme peuvent également orienter un diagnostic.

L’autisme, un handicap à vie ?

L’autisme n’est pas une maladie, on ne peut donc pas en guérir. En tant qu’handicap, l’autisme est une façon de fonctionner qui nécessite des compensations pour que l’individu parvienne à vivre en société. L’enfant naît autiste, même si le diagnostic peut être tardif, car l’enfant peut compenser ses difficultés notamment sociales par d’énormes efforts.

Si on ne peut pas guérir de l’autisme, on peut en revanche apprendre à mieux communiquer avec les autres, à se concentrer davantage, à mieux décrypter les situations, à mieux gérer ses émotions et ses angoisses, pour vivre mieux et diminuer l’anxiété.

Aider les autistes, c’est la responsabilité de chacun d’entre nous 

Si la société soutient les autistes dans leur intégration et que chacun d’entre nous garde l’esprit ouvert et bienveillant, la vie des autistes peut être facilitée. Les progrès commencent par nous-même, parents, voisins, amis, camarades… soyons solidaires et aidons les autistes à mieux nous comprendre, ils nous le rendront car ils ont mille choses à nous apprendre et à nous faire découvrir !

Aller plus loin

Pour rédiger cet article, je me suis appuyée sur “L’autisme, parlons-en” de Sylvie Baussier, un tout petit livre illustré par Aurélien Boudault de 47 pages qui s’adresse aux Jeunes curieux de mieux comprendre l’autisme mais aussi aux adultes. Il permet rapidement de faire un tour d’horizon des questions essentielles sur l’autisme. Dans la préface, Estelle Malherbe, Présidente d’Autistes sans Frontières, nous rappelle que “nous pouvons tous, à notre niveau, être les acteurs d’une cité plus humaine où la neurodiversité est vécue comme une richesse”. Je recommande vivement ce livre pour les enseignants en collège ou lycée qui souhaiteraient aborder cette question en classe ou pour des jeunes en contact avec des autistes.

Un livre pour mieux comprendre celles et ceux qui souffrent du handicap de l’autisme : “Dans ce livre, tu vas découvrir la vie d’Axel, Robin, Anna et Mathis. Ils sont souvent solitaires, car le mode d’emploi de notre société leur est mystérieux. Ils ont en commun un handicap invisible, aux manifestations variées, et qui peut paraître étrange : l’autisme. Qu’il soit Asperger, non verbal, porteur ou non d’une déficience intellectuelle, l’autisme interroge notre rapport au monde et aux autres. Si tu croises la route d’un Axel, d’un Robin, d’un Mathis ou d’une Anna, tu comprendras après avoir lu ce livre qu’ils sont des enfants avant tout et qu’ils ont besoin, comme toi, de grandir, d’apprendre, d’avoir des amis, et que tu peux, toi aussi, les aider à trouver leur place dans notre société.”

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